21ème SIÈCLE, SIÈCLE DU SENS

L’aggravation de la situation sanitaire et les décisions gouvernementales font que les Entretiens de Royaumont prennent une forme nouvelle pour cette XVIIème session et se transforment en quatre demi-soirées réparties sur l’ensemble d’un semestre, à partir de la réouverture. Cinq mots seront le fil conducteur des échanges: « Courage », « Liberté », deux valeurs qui vont articuler ce siècle, la première pour la distinction qu’elle apportera entre les Nations, la seconde pour la quête permanente qu’elle constituera de la part de ces mêmes populations. « Leadership » aussi. « Transformation » bien sûr, à une époque où jamais la vitesse ne s’est autant imposée comme élément présidant les changements. « Défis » enfin, pour la France, pour le Monde, pour l’Humanité.


Un mot tout d’abord sur le Courage. Quel défi que d’en faire preuve, face à soi, face à l’autre, à l’heure où la précaution est inscrite dans la constitution française et qu’elle est plébiscitée par l’opinion publique. Les expressions de courage sont nombreuses, diverses. Les plus belles appartiennent à la vie quotidienne et ne sont pas révélées. Le courage d’affronter la maladie. Le courage de relever une famille détruite par la déconsidération de son « point fixe » qui est entraînée dans une spirale de déclassement par la perte d’emploi et/ou de statut social. Le courage de s’affirmer face à ses fêlures ou ses malheurs du passé, du présent. Le courage d’aller contre le « main stream », les idées reçues, la conviction générale, celle-là même qui assure une existence aisée à celui qui l’embrasse toujours. Le courage de conduire une équipe, une entreprise, une cause publique à sa destinée par le chemin le plus ardu car c’est le seul qui mène au succès. Mais nous ne serions pas juste si nous n’observions pas que la perception du courage est aussi question de circonstances. Où la témérité mue par l’énergie du désespoir devient une manifestation de courage dès lors que les événements tournent en faveur de l’initiative. Le premier des courages consisterait donc à accepter l’échec de l’initiative, la défaite, manifestant aussi par là même la solidité des convictions qui forment la décision conduisant à la manifestation de courage. En somme, définir le courage reste un exercice en soi et résidera surtout dans l’analyse tirée d’une succession d’expériences au sein desquelles sont décelés des ressorts qu’il conviendra d’encourager dans les formations au Leadership, un mot intraduisible et resté comme tel alors qu’il recouvre une dimension tellement centrale.
La Liberté revient en force dans les écrits et c’est une bonne nouvelle. Nous pouvons d’ailleurs tirer comme une grande fierté le fait que la France conserve aujourd’hui à travers le Monde le canon de cette valeur emblématique sur laquelle nous devrions continuer à investir et sans doute agir à l’aune de cette différenciation héritée des générations précédentes mais qui constitue une marque indélébile. Et comme marque, disons qu’il y a moins bien. La question n’est pas tant d’être perçu comme nous souhaiterions l’être – ce n’est jamais le cas – que de faire d’une perception un point fort et en l’espèce la quête de liberté est une attente mondiale. En incarner le canon doit nous responsabiliser pour atteindre le niveau requis et incontestablement nous avons à progresser même si les libertés fondamentales sont loin d’être remises en cause en France.
Dans cette quête universelle de Liberté, chacune et chacun est au fait pour l’illustrer par des faits d’actualité qui ne manquent pas. En ce moment, la question de la régulation éditoriale des réseaux sociaux froissent les épris de Liberté, les mêmes qui se sont d’ailleurs précipités à l’époque de leur genèse pour faire des réseaux sociaux ce qu’ils sont devenus – omnipuissants et sans limite – au prétexte que c’était global et gratuit. Mais, dit-on, « lorsque c’est gratuit, c’est que ça coûtera plus cher »… Cette maxime des temps modernes ne s’applique-t-elle pas très confortablement aux réseaux sociaux qui ont capté et organisé la donnée alors que nous la refusions auprès des pouvoirs publics et entreprises privés pour justement préserver nos libertés fondamentales ? Nous avons donc été les fossoyeurs de nos libertés individuelles au prétexte que c’était gratuit… Les générations futures ne manqueront pas d’en rire à nos dépens dans quelques décennies.
Leadership enfin, un mot intraduisible en français, qui reste comme tel, et qui revêt une importance cruciale en ces temps d’un Monde en voie de transformation majeure. Nous évoquerons largement dans le cadre des « Entretiens » le Leadership, dont on dit en France qu’il relève surtout de l’inné alors qu’on ne cesse de l’enseigner aux États-Unis, considérant qu’il s’agit d’abord d’un acquis. Il fait réfléchir à un moment où les Français s’interrogent sur leur destin et sur les personnes en mesure de porter leurs aspirations, ce qui est traditionnellement le prélude à la quête de l’homme ou la femme providentiels. On en connait les principales vertus: aucune casserole, mariage avec enfants, indépendant moralement, financièrement et existentiellement. Parlant anglais mais anglophobe. À distance des chinois mais attiré par l’Asie. Adorant le vague à l’âme slave mais trouvant les Russes excessifs. Sachant répondre aux préoccupations de l’instant mais toujours dans le cadre d’une vision stratégique à long terme… Et disposant d’un sens du Leadership prononcé ! D’où la question, centrale, des ressorts pour être un bon leader au 21ème siècle.
Ce Cahier sera l’occasion de découvrir les questionnements à cet égard, les visions des principales écoles de formation au Leadership, et aussi une passionnante enquête européenne réalisée par le BCG à l’occasion des Entretiens de Royaumont sur le Leadership d’aujourd’hui.

J’en viens pour terminer aux défis de la France du 21ème siècle. Nous évoquerons largement ces questions et des opinions et idées utiles au débat ne manqueront pas d’apparaître au fil des échanges. Ce cahier préparatoire en identifie déjà beaucoup, pour alimenter l’analyse et la réflexion.
Un point préalable au sujet du déclassement de la France, qui ne manquera probablement pas d’éclairer la future élection présidentielle, et qui n’est pas d’ailleurs un débat en soi mais une succession de constats indiscutables qui doit nous pousser à réagir fortement. Le destin pour la France d’une Nation moyenne n’emballe personne et l’injection massive de liquidités ne fera pas de nous un pays riche, innovant et adapté au 21ème siècle. Ce serait tellement simple. Nous sommes les héritiers d’un modèle, d’un système, d’une culture que les dirigeants peuvent faire évoluer marginalement mais qui correspond surtout à ce que nous sommes et à ce que nous et les générations d’avant avons voulu. Notre modèle a dérivé parce que nous n’avons jamais modélisé en son sein l’exigence de modernisation permanente qui ne fait pas partie de nos objectifs publics alors que le secteur privé n’a pas d’autre choix que d’innover au risque de disparaître. C’est, d’ailleurs, traditionnellement le ministère placard que celui en charge de la réforme de l’État. Le fait que la modernisation de l’État ne soit pas notre culture est bien là en réalité la question centrale des défis de la France du 21ème siècle. Esprits brillants, originaux que nous sommes, mais incroyablement conservateurs parce que le changement ne fait pas partie de notre logiciel à tel point que les modèles de transformation oscillent entre le fait de réformer au mois d’août ou de le faire sans le dire par voie d’amendements discrets au milieu de la nuit !
La réforme n’est pas de culture française. Or elle est centrale pour qu’un pays s’adapte à la modernité qui va accélérant au rythme de la mondialisation et de la vitesse exponentielle des flux. Comment introduire la culture de la modernisation des outils, dans un pays à culture si conservatrice, voilà le défi qui doit être le premier de tous les défis du siècle pour le pays.
Un second défi pour la France, tout aussi décisif, concerne la question de la méthodologie de la formation de la décision publique. Les conditions dans lesquelles elle se forme, elle s’ordonne, elle s’évalue, elle se remet en cause, sont au centre des débats, à l’instar du passage aux 80 km/h qui fut au cœur du début de la mobilisation des gilets jaunes et dont la question centrale était la fameuse « connexion des décisions » avec le tout aussi fameux « monde réel ».
Avec une constitution qui permet toutes les souplesses, autorise toutes les méthodes de formation des décisions y compris les plus rapides et les moins enclines à la préparation, la concertation et l’évaluation, on est toujours tenté d’accepter la substitution de la légitimité juridique à la légitimité populaire, en créant de ce fait les conditions de son affaissement de sa mise en œuvre.
Beaucoup pensent que la démocratie est le maillon faible de la décision publique face aux modèles autocratiques, alors qu’en réalité nous n’avons jamais accepté de modéliser une décision en l’adaptant à l’évolution des attentes de
la population en terme d’étapes à accomplir, ce qui peut rendre le temps plus long mais qui crée de fait sa légitimité, donc son efficacité.
Voici donc ce deuxième défi, qui pourrait être le socle d’un prochain programme politique consistant en la relégitimation nécessaire du décideur public sans lequel aucune Nation ne peut conduire de destinée.
Nous sommes une race qui pensait être proche de son apogée avant la révolution numérique. Et le quantique nous ouvre aujourd’hui des horizons que la science-fiction avait imaginé sans penser qu’il soit possible, un jour, de le transformer en réalité. Nous ne sommes qu’au début de la transformation qui va s’opérer et qui touchera le genre humain en souhaitant qu’il soit en mesure de la maîtriser.
En cela, le 21ème siècle, qui sera celui de toutes les transformations, devra être celui du Sens. Chacun observe les évolutions en train d’apparaître au cœur de tous les modèles, celui des entreprises comme des États pour tenter d’appréhender une époque dont les emballements et les causes sont impossibles à anticiper comme à maîtriser. Seule une démarche préalable pour faire rejaillir le sens de ses engagements, l’utilité de son passage sur Terre, sa contribution à une œuvre collective, sera en mesure de sauver l’Humanité. Aux femmes et aux hommes de bonne volonté d’encourager les initiatives qui mettent en lumière cette démarche personnelle, pour contribuer ainsi à la rendre collective et universelle.

 

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