PARTIE I – ÉLÉMENTS D’ANALYSE ET DE RÉFLEXION

CHAPITRE 1 – LA SITUATION DE L’ÉCONOMIE FRANÇAISE 

La France s’apprête à connaître une période bousculée par la faible croissance et le chômage de masse dans les mois qui viennent. En septembre 2020, dans son dernier rapport, la Banque de France anticipait une chute du PIB de 8,7 % en 2020, et un taux de chômage élevé autour de 11 % début 2021 (5). L’État français prévoit une dette publique à 118 % à la fin 2020 (6). L’indice Recovery Pulse Check du Boston Consulting Group – BCG – qui mesure l’économie de crise depuis le début de la pandémie constate une reprise économique précaire et en-deçà de la Chine, des États-Unis et de l’Allemagne.
Comment l’expliquer? Les épidémies, comme les grandes crises économiques et les guerres, jouent souvent un rôle d’accélérateur, certains observateurs allant jusqu’à voir dans la Covid-19 le « révélateur impitoyable du déclassement de la France » (7). La France cumulerait selon ces thèses une difficulté à répondre aux chocs et aux risques du 21ème siècle avec les séquelles de quatre décennies de décrochage.

 

 

Avec la COVID-19, l’économie française doit affronter une crise qui s’ajoute à l’érosion tendancielle de la compétitivité depuis plus de vingt années: proche de l’Allemagne en 2000, le PIB par habitant français décroche et se rapproche aujourd’hui de la moyenne européenne. La bonne santé économique allemande – tissu industriel dense, entreprises de taille moyenne nombreuses et dynamiques, balance commerciale positive – contraste aujourd’hui avec les difficultés françaises.

Une économie française en déficit structurel

Sur les 20 dernières années, la consommation française et l’investissement sont restés dynamiques, à des niveaux proches de l’Allemagne et plus élevés qu’en Italie. Les inégalités sont à un niveau faible, et la richesse des ménages s’est maintenue.

 

En revanche, sur la même période, le solde commercial s’est fortement détérioré, aboutissant à un déficit extérieur à -59 milliards d’euros en 2019. Sur les deux dernières décennies, les Français ont consommé et investi plus que ce qu’ils ont produit, d’où un déséquilibre croissant de la balance extérieure de la France depuis les années 2000 et l’entrée dans l’euro. La France importe plus qu’elle n’exporte, en particulier sur les biens et l’énergie (8). L’économie française souffre donc avant tout d’un déficit de production. Les exportations françaises reposent en outre sur quelques secteurs clés, dont l’aéronautique et le secteur pharmaceutique. Si cela souligne une bonne performance française dans ces secteurs, cette relative spécialisation rend également l’économie plus vulnérable. Le secteur aéronautique pâtit d’ailleurs fortement de la pandémie, qui a cloué les avions au sol, et le solde commercial français pourrait atterrir en 2020 à un niveau historiquement bas, négatif d’environ 70 milliards d’euros (9).

Par ailleurs, depuis son ancrage dans la zone euro et les mesures QE de la BCE lancées pour répondre au risque d’assèchement des liquidités lors de la crise financière de 2008, la France bénéficie de taux d’intérêt faibles et d’un accès privilégié aux capitaux extérieurs. Les agents économiques – État, entreprises, ménages – en ont profité pour s’endetter massivement contribuant ainsi à l’accroissement du stock de dette qui s’est d’ailleurs fortement accru entre 2000 et 2020, ce qui rend de facto l’économie française vulnérable à une remontée des taux ou à une nouvelle crise de liquidité internationale.

En résulte une « position extérieure nette » de la France négative et qui se dégrade: la position extérieure française, autrement dit le patrimoine financier net de la nation, est débitrice d’un peu plus de 550 milliards d’euros (23 % du PIB). Bien qu’en-deçà du seuil d’alerte retenu dans le cadre de la procédure européenne de déséquilibre macroéconomique de 35 %, ce solde est largement inférieur à l’Italie (déficit à 2 % du PIB) et surtout l’Allemagne (solde positif à 71 % du PIB).

 

 

Outre ces déséquilibres macroéconomiques, la France jouit d’une attractivité auprès des investisseurs internationaux qui – en dehors de quelques annonces fortes et largement relayées – reste délicate vis-à-vis des principaux pays d’origine des investissements mondiaux. La France n’arrive ainsi qu’en 11ème et 12ème pour les IDE sortants de la Chine et des États-Unis, alors que l’Allemagne arrive 3ème et 8ème. De surcroît, en regardant les IDE sortants, il est à noter que les investisseurs français investissent très peu dans les principaux pôles de croissance (Chine, États-Unis) et privilégient les économies régionales.
Cette moindre attractivité pourrait s’expliquer par le profil du tissu d’entreprises, moins étoffé au niveau des entreprises de taille moyenne pour lequel la France dispose en effet de trois fois moins de PME que l’Allemagne. Environ 6000 entreprises concentrent la majeure partie de la valeur ajoutée et des investissements, notamment quelques champions internationaux (dont le rayonnement à l’international se réduit d’ailleurs depuis 2010).

 

Enfin, en dépit d’un soutien notable à la recherche publique, la France ne figure pas pour autant dans le peloton de tête des pays les plus innovants. Alors qu’elle est le deuxième pays de l’OCDE en termes de financement public direct et de soutien fiscal gouvernemental pour la R & D des entreprises, elle n’arrive qu’en 11ème position par son nombre de chercheur et 6ème par son nombre de brevets. Si l’un des outils principaux pour le développement de la recherche en France reste le Crédit Impôt Recherche qui a vocation à couvrir des activités de recherche fondamentale ou appliquée, l’OCDE relevait en 2014 que la politique publique française d’aide à la R & D – avec le CIR en particulier – était généreuse mais trop peu ciblée.

 

 

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(5) Banque de France, projections macroéconomiques septembre 2020
(6) Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, « S’informer sur la dette publique », consulté le 1er décembre 2020 (7) Éditorial de Nicolas Baverez, 28 juin 2002, Le Figaro  
(8) Direction Générale des Douanes et des Droits indirect
(9) « Le déficit commercial de la France va beaucoup se creuser cette année », Guillaume de Calignon, Les Echos, septembre 2020, consulté en décembre 2020

 

 

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