LA MARCHE DU 21ème SIÈCLE
Par Pierre de Villiers et Maurice Lévy , co-présidents de la XVIIème édition
et Jérôme Chartier, fondateur des Entretiens de Royaumont

On ne retient de notre histoire qu’un petit nombre d’événements qui ont marqué de leur empreinte le cours de siècles entiers.
La première guerre mondiale a été le « marqueur » du XXème siècle, par la modification profonde qu’elle a imprimée dans l’histoire.
Les attentats du 11 septembre 2001 ont placé le début du XXIème siècle sous le signe du terrorisme, faisant découvrir aux États et aux institutions internationales leur fragilité et leur difficulté d’adaptation face à une menace d’une ampleur nouvelle. Mais d’autres phénomènes profonds sont apparus et qui font de la marche de ce siècle une aventure passionnante mais, à nombre d’égards, déstabilisante pour les États, les institutions, les sociétés, les individus : l’accélération du temps; le bouleversement des anciens équilibres géopolitiques; la puissance et l’ampleur de la vague technologique qui pénètre désormais de plus en plus fortement notre vie quotidienne; la place légitime de la femme dans la société; la montée du risque climatique; l’aspiration à de nouveaux équilibres entre la croissance et la préservation des ressources; la crise de l’autorité et en premier lieu dans nos démocraties occidentales.
Les Entretiens de Royaumont ont décidé de s’engager cette année dans cette marche pour offrir une discussion éclairée sur ce que pourraient être les points cardinaux pour construire la France du XXIème siècle.

Les questionnements ne manquent pas, tant nous sommes soumis à des injonctions contradictoires.

La mondialisation a modifié en profondeur le paysage économique et a permis à certaines régions du monde de sortir de la pauvreté. Mais elle a aussi désormais un impact sur notre existence même. La pandémie du Covid 19 montre qu’un virus apparu à Wuhan a mis seulement quelques semaines pour parvenir à Paris et provoquer un confinement général. Il gangrène désormais la totalité du monde. Les institutions internationales n’ont pas été en mesure d’en freiner la propagation. Elles ne disposaient de toutes façons d’aucune des prérogatives nécessaires pour le faire. Comment leur redonner une légitimité dans le concert des nations? Faut-il ajouter le risque sanitaire aux autres menaces qui planent sur le monde, comme la bombe atomique, la cyberguerre ou le terrorisme?

Le risque climatique n’est plus une hypothèse. Les dégâts engendrés par le réchauffement de la planète sont désormais visibles par tous, sur tous les continents. Pour autant, les États peinent encore à organiser une réponse concertée et globale pour engager l’urgente diminution des émissions de gaz à effet de serre. Les initiatives de bonne volonté qui se développent en matière de transition énergétique, d’agriculture responsable, d’alimentation mieux contrôlée, de préservation des ressources seront-elles suffisamment puissantes pour inverser la tendance?     

L’aspiration à une société plus juste, à une réduction des inégalités, à la prise en compte du bien commun est de plus en plus forte. Une réflexion s’est engagée sur le rôle sociétal de l’entreprise, sur sa « mission » et sur sa « raison d’être ». La vitalité de ces débats entre intellectuels, économistes, décideurs politiques, dirigeants d’entreprise, dirigeants associatifs, peut-elle laisser espérer une action en profondeur qui se traduise par une transformation rapide de la société vers un nouvel équilibre?

L’accélération et l’ampleur des phénomènes migratoires bouleversent les processus d’intégration dans les pays d’accueil et interrogent sur les types de réponse qu’il faut apporter. La montée du communautarisme, le respect de la laïcité sont à l’ordre du jour. Une coopération européenne apparaît comme nécessaire mais difficile à mettre en place face au réflexe de protection à l’intérieur de son territoire. Gérer la question migratoire sans alimenter les tensions sociales ou provoquer une résurgence des violences est un défi qui plane sur toutes les nations de destination.

Enfin, le leadership. Dans ce monde incertain et volatil, la nécessité est grande de se référer à une autorité incontestable, responsable et compétente dans chacun des univers associatifs, professionnels ou politiques. Mais quelles doivent être les qualités des leaders d’aujourd’hui? Dans une époque où l’autorité est souvent remise en cause, de quel bois doivent être faits les « chefs » capables d’ouvrir des perspectives enthousiasmantes aux générations actuelles et futures?

Siècle rêvé, siècle subi, notre siècle sera d’abord vécu. Il connaîtra probablement la première génération qui le vivra d’un bout à l’autre, grâce à la révolution engagée par les découvertes scientifiques dans la santé qui ne cessent d’offrir l’allongement de la vie. Il sera une aventure construite par l’humain qui demeurera, pour cette fois encore, le pilote de son existence.

Plus que jamais, les 4 et 5 décembre prochains, les Entretiens de Royaumont seront fidèles à leur « raison d’être » : faire vivre les idées, nourrir les débats et, dans la sérénité et l’éclectisme, inspirer les décisions pour engager la France sur la voie de sa vocation et de son rayonnement.

 

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