PARTIE I – ÉLÉMENTS D’ANALYSE ET DE RÉFLEXION

CHAPITRE 3 : LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET LA PRÉSERVATION DE LA PLANÈTE

En septembre 2002, à Johannesburg, le chef de l’État français est le premier dirigeant d’une grande Nation à dresser un constat sans appel sur l’urgence climatique. « La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l’humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables ». Les rapports des experts du GIEC sur les effets environnementaux et sociaux du changement climatique dressent aujourd’hui un constat sans appel: élévation du niveau des océans de 1 à 2 m d’ici la fin du siècle, 1°C d’augmentation de la température depuis l’époque préindustrielle, le déroulement d’une 6ème extinction massive, déclin de 68 % de la taille des populations de vertébrés entre 1970 et 2016, etc. La planète est en crise, et avec elle les sociétés humaines. Notre planète, notre biodiversité, nos vies, sont en danger.

Le 13 février dernier, le Président de la République Emmanuel Macron marquait sa volonté à cet égard: « L’Écologie sera le combat du siècle, celui de notre capacité à inventer les nouvelles manières de vivre, d’habiter, de faire durablement. Je crois que ce combat du siècle nous pouvons le relever et nous avons décidé de le relever dans notre pays. » D’après le World Economic Forum Global Risk, la majorité des risques les plus probables à fort impact sont liés à la dégradation de la nature et au changement climatique.
Seule une mobilisation générale des comportements et des ressources individuelles et collectives pourrait permettre d’espérer un changement de modèle. Or la transition écologique subit aujourd’hui la concurrence directe des urgences liée au contexte de crise. Entre les urgences économiques et sociales du lendemain de la crise sanitaire et les priorités de long terme, chacun peut malheureusement imaginer les priorités qui subsistent.
Mais tout n’est toutefois pas perdu. Un sondage établi par le BCG mené en mai 2020 montre que loin de mettre au second plan la transition écologique, la crise environnementale fait l’objet d’une prise de conscience renforcée à l’aune de la pandémie.
Ainsi 76 % des individus pensent que les questions environnementales devraient primer de façon égale ou tout autant que l’économie dans le plan de relance. 60 % des Français pensent que la crise sanitaire actuelle va entraîner une prise de conscience plus forte des enjeux de développement durable et 85 % d’entre eux pensent que les entreprises ont un rôle clé dans le développement d’une société plus écologiste et équitable.

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Citoyens, entreprises et investisseurs se saisissent donc désormais des objectifs de lutte contre la crise environnementale et le changement climatique favorisant le développement d’une économie « vertueuse ».
Les régulateurs, à des niveaux aussi bien nationaux qu’internationaux, agissent également. Avec l’accord de Paris sur le climat du 12 décembre 2015, conclu dans le cadre de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) du 9 mai 1992, l’Union européenne et la France se sont engagées à lutter contre les effets du changement climatique induit notamment par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (objectif de réduction de 40 % des émissions en 2030 par rapport à 1990).
Ces engagements ont des traductions concrètes. Pour la première fois, le Conseil d’État s’est prononcé le 19 novembre 2020 sur une affaire portant sur le respect des engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre suite à sa saisi par la commune de Grande-Synthe devant le refus du Gouvernement de prendre des mesures supplémentaires pour respecter les objectifs issus de l’accord de Paris.
La haute juridiction a jugé d’abord que la requête de la commune, commune littorale particulièrement exposée aux effets du changement climatique était recevable. Sur le fond, le Conseil d’État relève que si la France s’est engagée à réduire ses émissions de 40 % d’ici à 2030, elle a régulièrement dépassé les plafonds d’émissions qu’elle s’était fixés et que le décret du 21 avril 2020 a reporté l’essentiel des efforts de réduction après 2020.

Avant de statuer définitivement sur la requête, le Conseil d’État demande donc aujourd’hui au Gouvernement de justifier, dans un délai de trois mois, que son refus de prendre des mesures complémentaires est compatible avec le respect de la trajectoire de réduction choisie pour atteindre les objectifs fixés pour 2030, ce qui est en soi une évolution copernicienne pour la plus haute juridiction administrative française et aussi conseiller du Prince.
Plus récemment, l’Union Européenne a mis en place une taxonomie des actifs financiers qui rentrera en vigueur en 2022 et qui a pour vocation d’orienter les flux financiers et investissements en fonction des impacts sur le climat et l’environnement.
Les entreprises se mobilisent également. La déclaration d’août 2019 de 181 dirigeants membres de la Business Roundtable affirme ainsi que l’objectif premier d’une entreprise est la création de valeur pour l’ensemble de la société, et non la création de valeur pour les actionnaires en est un témoignage fort.
En outre, les investisseurs semblent valoriser davantage la finance responsable, qui oriente les actes financiers en fonction de critères socio-économiques, dans l’objectif de donner corps à un modèle de développement qui a été choisi en amont du système financier lui-même. Les attentes à court terme semblent mises au second plan, et les bénéfices ne seraient plus mesurés uniquement à l’aune du rendement financier. Cette orientation se justifie toutefois d’autant plus que la performance est au rendez-vous : les fonds durables ont superformé pendant la crise, avec -10.2 % contre -16.2 % pour les fonds traditionnels au 1er trimestre 2020.
« Le monde retient son souffle et il compte sur nous tous ». Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius clôturait ainsi la COP21 le 12 décembre 2015 dans un discours pour l’Histoire. Après cinq années de tergiversations, la conjonction des acteurs, des volontés et des moyens semble enfin exister, permettant d’espérer une ultime accélération dans la lutte contre le changement climatique. Les États se saisissent du sujet et multiplient leurs engagements en matière de neutralité carbone, les entreprises et les investisseurs accélèrent leur transformation écologique, tandis que la pression de la société civile s’accroît de jour en jour. Néanmoins, pour atteindre l’objectif de 1,5 °C, il conviendrait de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre durant la prochaine décennie, ce qu’aucun consensus ne permet d’espérer. La bonne nouvelle est qu’avec les technologies existantes, on peut atteindre déjà 80 % des objectifs de l’accord de Paris, et qu’un bond technologique et énergétique pourrait sans nul doute accélérer le processus et – peut-être – tenir l’objectif.
Mais le 21ème siècle serait-il pour autant le siècle de l’économie verte? Le 8 octobre 2020, l’adoption de la première loi climat européenne qui acte la neutralité carbone en 2050 mais surtout une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 60 % d’ici 2030 en valeur absolue, par rapport à 1990, peut laisser l’espérer. Parmi les autres dispositions, ambitieuses, votées par les eurodéputés, notons la fin de la protection des investissements fossiles accordée par le Traité sur la charte de l’énergie. Ce texte largement méconnu, signé il y a plus de vingt ans, donne aux investisseurs la possibilité d’attaquer les gouvernements qui modifieraient leur politique énergétique, avec des indemnisations qui pourraient atteindre 1300 milliards de dollars d’ici 2050.

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Dans le nouveau siècle qui s’ouvre, l’Union européenne semble avoir pris la mesure de l’urgence écologique avant le reste du monde. La stratégie de relance est la plus vertueuse en matière environnementale, notamment parce que les pays membres bénéficient d’économies sous-jacentes plus vertes et prennent des mesures politiques volontaristes. Avec les objectifs les plus ambitieux en matière de réduction des gaz à effet de serre et de durabilité, l’Europe manifeste la volonté d’affirmer un leadership sur la transition écologique.
La France s’insère dans cette dynamique européenne de façon décidée et semble se donner les moyens pour affirmer l’environnement comme un critère de compétitivité. Les entreprises françaises ont actuellement la meilleure performance en matière de responsabilité sociétale. Cette notion désigne la performance d’une entreprise sur l’ensemble des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

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Par ailleurs, les moyens consacrés à la politique de l’État français, alignée sur les objectifs européens, sont conséquents. Ainsi, le plan de relance y consacrera 30 milliards d’euros, soit un tiers de l’investissement total prévu avec l’objectif d’une « France 2030 » plus verte et plus respectueuse du climat. Parmi les priorités de « France Relance » figure notamment l’accélération de la conversion écologique de l’économie française et de son tissu productif, la transformation des exploitations agricoles vers le bio et la qualité, l’investissement dans les énergies de demain comme l’hydrogène, le changement d’échelle sur la rénovation thermique des bâtiments publics, des logements et la décarbonation de l’industrie.
En se projetant vers 2030, plusieurs pistes apparaissent pour faire des entreprises françaises des championnes de la transition environnementale à l’échelle mondiale, et faire de l’environnement un levier de réussite économique, notamment dans quatre domaines:
– L’Agriculture et la Biodiversité avec notamment la coalition OP2B (One Planet for Biodiversity), qui intègre de grands groupes français (e.g. Danone, L’Oréal) et se donne pour objectif d’atteindre l’agriculture
régénérative, de réduire les monocultures et de restaurer les écosystèmes naturels
– Le Climat et les Gaz à Effet de Serre avec l’émergence du critère carbone dans la conception des chaînes de valeur, la France peut gagner en compétitivité et se positionner au cœur des chaînes de valeur internationales
– La circularité de l’économie avec le recyclage des déchets est un enjeu environnemental et social majeur.
Le marché, très fragmenté, est actuellement dominé par les entreprises françaises. Ces dernières ont aujourd’hui l’opportunité de se positionner sur les segments durables du marché.
– Les Océans et l’exploitation des ressources maritimes avec le deuxième espace maritime dans le monde. La France peut se saisir des opportunités économiques liées à la transition écologique de l’économie de la mer (énergies maritimes renouvelables, économie bleues, biotechs de la mer, télécommunications par exemple).

 

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